Arthur Rimbaud en Ethiopie

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Le poète français Arthur Rimbaud arrêta l’écriture pour partir en Ethiopie. Revenons sur ce passage obscur de la vie du poète maudit, un des plus célèbres et reconnus de la littérature française.

Rimbaud doit sa notoriété à deux éléments: la qualité de ses textes due à son talent indéniable combinée à l’irrévérence de sa jeunesse, ainsi qu’à une seconde partie de vie plus mystérieuse et diamétralement opposée. Rimbaud semblait chercher une authentique expérience, au-delà de la poésie, lié intrinsèquement à la vie. Son attirance pour les textes fondateurs de la civilisation et des livres sacrés, le poussèrent à voyager loin de son pays d’origine.

Arthur_Rimbaud

En peu de temps, se construit un mythe littéraire foudroyant, mais revenons sur cette partie de la vie qui amène le poète à tout quitter et à partir définitivement pour l’Afrique. Rimbaud devint alors employé de commerce et cherche à faire fortune. Il abandonne la poésie pour se consacrer aux voyages en Europe, et au négoce au Moyen-Orient et en Afrique.

Il partit pour l’Ethiopie en décembre 1880, à 26 ans, à Harar, cité musulmane alors sous tutelle égyptienne qui est actuellement une ville millénaire classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, située à 500 kilomètres à l’est de la capitale d’Addis Abeba.

Rimbaud fut alors marchand de diverses marchandises mais également d’armes, ce qui l’emmena à fournir un armement à Ménélik II. Le 1 mars 1896, lors de la bataille d’Adoua, le royaume d’Italie dirigé par le colonel Baratieri s’attendait à trouver un peuple démuni de défense, et se heurta à l’armée de Ménélik : 100 000 hommes, tous armés de fusils. L’Ethiopie resta ainsi cette seule terre africaine non colonisée.

Carte_Rimbaud-Ethiopie(1926)

 La vie mystérieuse de Rimbaud en Ethiopie :

Rimbaud fut plus précisément agent commercial à Aden en 1881, et vendeur d’arme à Harar pour Ménélik II entre 1880 à 1885. Le séjour de Rimbaud au Harar se situerait entre 1880 et 81 et un second entre 1883 et 85.

En 1881, Rimbaud vivait et travaillait dans une maison de commerce du port d’Aden, aujourd’hui situé au Yémen. Au début de l’été 1881, après avoir passé l’hiver à Harar, il entra à l’intérieur du pays abyssin en quête de marchandises. À l’époque, Harar était une cité glorieuse, carrefour commercial entre la péninsule arabique et le reste du royaume d’Abyssinie où l’on vendait du café, de l’encens, du musc, de l’ivoire, des peaux de bêtes…

« On importe ici des soieries, des cotonnades, des thalaris et quelques autres objets, et on exporte du café, des gommes, des parfums, de l’ivoire, de l’or qui vient de très loin, etc., etc. Les affaires quoique importantes ne suffisent pas à mon activité et se répartissent d’ailleurs entre les quelques Européens égarés dans ces vastes contrées. » A. Rimbaud

A cette époque, on attribue parfois à Rimbaud un rôle de trafiquant d’esclaves, il fut démontré que ce fut faux, il n’a jamais participé à ce trafic et d’après les lettres et archives, il fut un piètre vendeur d’armes.

Le Harar de l’époque fut décrit comme un lieu interdit aux Européens, « une montagne de pierres sur une colline ». Pour Rimbaud, c’était surement un endroit isolé où il était sûr qu’on ne viendrait pas le trouver. Depuis qu’il s’y installa en 1880, personne n’a jamais plus reçu de nouvelles de lui. En 1886, Paul Verlaine, publia « Les Illuminations » de Rimbaud, sa préface est assez explicite au sujet de son départ :

« On l’a dit mort plusieurs fois. Nous ignorons ce détail, mais en serions bien triste. »P. Verlaine

Preuve s’il en est besoin du profond dédain de Rimbaud pour ses activités passées et le milieu intellectuel parisien. La vie de Rimbaud avait indéniablement changé. Il avait appris l’amharique et l’arabe, s’était fait des amis dans la population locale, et a même partagé la vie d’une éthiopienne.

 Rimbaud pourvoyeur d’arme de l’armée royale de Ménélik II :

 Ménélik II et la ruse de l’Italie :

Ménélik II, Dagmawi Menilek est né le 17 août 1844 à Ankober, dans le royaume de Choa, et mort le 12 décembre 1913 à Addis-Abeba. Né sous le nom de Sahle Maryam, il fut prince, negus du Shewa, (ou Choa) en 1978, puis empereur d’Éthiopie (1889-1913) il a été couronné Negusse negest le 3 novembre 1889. Il entretenait de bonnes relations avec l’Italie tandis que Johannes, son prédécesseur, la combattait.

Le 2 mai 1889, Ménélik II signa le traité de Wuchalé (Ucciali en italien). Ce traité, qui allait s’avérer être un tournant dans les relations entre Ménélik et l’Italie, fut à l’origine d’une guerre entre l’Ethiopie et L’Italie.

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Le Négus Menelik à la bataille d’Adoua

C’est l’article XVII, le plus important de ce traité, qui prêta à contestation. En effet, le traité avait été signé en deux versions, une en italien, l’autre en amharique, la langue utilisée en Ethiopie. Selon la version amharique, l’Ethiopie pouvait recourir aux autorités italiennes si elle voulait entrer en relation avec d’autres pays. Dans la version italienne, le recours à l’Italie était obligatoire.

L’Italie, s’appuyant sur la version italienne, prétendit établir un protectorat en Ethiopie. Les italiens occupèrent la ville d’Adoua et firent savoir au ras Mangacha qui était également gouverneur de la province du Tigrai et fils de Johannes qu’ils ne se retireraient pas tant que Ménélik n’aurait pas accepté leur interprétation du traité de Wuchalé.

Ménélik refusa de céder et après plusieurs années de tergiversations au cours desquelles il acheta un grand nombre d’armes principalement à la France et à la Russie, il dénonça le traité de Wuchalé le 12 février 1893. Il informa les pays européens de son geste et affirma à propos des prétentions italiennes :

« L’Ethiopie n’a besoin de personne. Elle tend les mains vers Dieu ». Menelik II

C’est en décembre 1894 que la guerre éclata entre l’Erythrée et l’Italie. Les Italiens attaquèrent le Ras Mangacha et s’emparèrent d’une grande partie de la province du Tigrai. Ménélik décréta la mobilisation le 17 septembre et remporta d’importantes victoires. Les Italiens se replièrent alors sur Adoua.

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Tapisserie de la Bataille d’Adoua

Ménélik avait une armée de 100 000 hommes équipés de fusils modernes, sans compter ceux qui n’avaient que des armes à feu anciennes ou des lances. La bataille d’Adoua fut une éclatante victoire pour Ménélik et pour l’Ethiopie. Baratieri avait attaqué le 1er mars 1896. Le 1er mars était un jour de fête pour l’église éthiopienne et le général italien Baratieri pensait que beaucoup de soldats seraient occupés par des rites religieux. Au lieu de cela, il tomba sur 100 000 hommes armés et décidés.

A la suite de leur défaite, les italiens signèrent le traité d’Addis-Abeba qui annulait le traité de Wuchalé et reconnaissait la complète indépendance de l’Ethiopie.

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La Bataille d’Adoua

Rimbaud vendeur d’arme, négociant et explorateur:

Rimbaud en 1881 rêve d’explorations, les trafics le lassent et il charge sa mère de lui faire parvenir des ouvrages techniques, des instruments, un appareil photographique et pense à se marier. En 1883, il repart d’Aden pour Harar puis entreprend un voyage pour l’Ogadine qui est encore mal connu. Il y pénètre en août et rédige le « Rapport sur l’Ogadine ».

Cette étude sera publiée l’année suivante dans le bulletin de la Société de Géographie. Dans ses lettres, il continue de commander à sa mère des manuels et du matériel technique.

En 1885, pendant un séjour à Aden, d’après Bardey, qu’il se serait mis en ménage avec une compagne abyssine, qui fut la seule compagne connue de sa vie.

En octobre 1885, Rimbaud se lance dans une affaire d’importation d’armes dans le Choa. Il lâche la maison Bardey pour qui il travaillait et décide de revendre à Ménélik II, des fusils qui viennent de Liège, et qui sont obsolètes en Europe.

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Photographie du marché de Harar 1883 par A. Rimbaud

En septembre 1886, il prend alors, sous une chaleur accablante, la tête d’une expédition sur la route qui mène à la résidence de Ménélik Ankober, dans le Choa. Son recueil de poèmes, « Les Illuminations », est alors publié en France sans qu’il ne le sache.

Le 6 février 1887, Rimbaud parvient à Ankober, capitale du Choa, après un voyage de cinq mois à travers le désert d’Abyssinie. Mais le roi Ménélik II est absent, il se trouve dans le Harar, Rimbaud doit encore gagner Entotto, à 120 km de distance, pour monnayer son chargement de fusils.

Le roi l’y reçoit enfin, accepte les fusils mais ne paye pas la totalité, car le vendeur d’armes Labatut, qui est mort d’un cancer, lui devait de l’argent. Rimbaud doit donc se faire payer le reste de la somme par le ras Mekonnen (Welde Mikaél), le nouveau gouverneur de Harar qui aura pour fils Teferi Mekonnen, plus connu sous son nom de règne Hailé Sélassié I. A cette époque, les trois constructeurs de l’Ethiopie, Menelik II, Mekonenn et Hailé Sélassié I sont réunis.

Rimbaud fait donc route vers Harar, avec l’explorateur Jules Borelli. Il parvient à se faire payer par Mekonnen, mais sans aucun bénéfice sinon « vingt et un mois de fatigues atroces ».

Il fait paraître dans le journal « Le Bosphore égyptien » une étude traitant de l’intérêt économique du Choa. Ce travail, ainsi que son récit de voyage au Choa, seront transmis à la Société de Géographie. « Les lettres manuscrites de Rimbaud d’Europe, d’Afrique et d’Arabie »

« Lettre envoyée à Rimbaud par Ménélik, roi du Choa, négus d’Abyssinie, avec la traduction en regard faite au consulat d’Abyssinie » à Rimbaud :

Que (cette lettre) envoyée par le Roi Menilek parvienne à Monsieur Rimbaud. Comment as-tu passé la nuit ? Moi, Dieu soit loué, je vais bien. Ta lettre m’est parvenue. Les marchandises et les remèdes que tu m’as envoyés me sont parvenus. Dieu te le rende. C’est entendu ; je donnerai les fusils à dedjaziii. En ce qui concerne les fusils des domestiques, ainsi que tu me l’as demandé, j’ai fait écrire hier une lettre revêtue de mon sceau à l’Azaj Welda Tsadig Hayla Maryam. Ecrit le 12 myazya et je la lui ai fait envoyer hier. Que seuls les hommes qui ont à la recevoir se présentent chez l’Azaj Welda Tsadig, qui les leur remettra. (Le sceau) Menilek, Roi du Choâ. Il a vaincu, le lion de la Tribu de Juda. »

Ménélik

Menelik II

En mars 1888, Rimbaud accepte de convoyer une cargaison de fusils vers Harar, mais renonce à une seconde expédition. Il arrêta à ce moment la vente d’armes pour ouvrir une agence commerciale à Harar. Cette activité l’occupera jusqu’en 1891, ou atteint d’un cancer au niveau du genou, il sera rapatrié à Marseille où il décédera le 10 novembre 1891. Il restera, jusqu’à son dernier souffle, obsédé par l’idée de reprendre un bateau pour Aden et de retrouver l’Afrique.

 

La quête mystique de Rimbaud :

Pourquoi autant de traversées du désert épuisantes, de déplacements avec ses chameaux et ses marchandises, quitte à devenir nomade, pour si peu de rentabilité financière alors qu’il avait une santé très fragile? La correspondance avec sa famille et certains de ses amis français, montre son désenchantement de son aventure abyssine :

« La vie est comme cela, et la solitude est une mauvaise chose ici-bas. Pour moi, je regrette de ne pas être marié et avoir une famille. Mais à présent, je suis condamné à errer, attaché à une entreprise lointaine, et tous les jours je perds le goût pour le climat et les manières de vivre et même la langue de l’Europe. Hélas ! à quoi servent ces allées et venues, et ces fatigues et ces aventures chez des races étranges, et ces langues dont on se remplit la mémoire, et ces peines sans nom, si je ne sais pas un jour, après quelques années, pouvoir me reposer dans un endroit qui me plaise à peu près et trouver une famille, et avoir au moins un fils que je passe le reste de ma vie à élever à mon idée, à orner et à armer de l’instruction la plus complète qu’on puisse atteindre à cette époque, et que je vois devenir un ingénieur renommé, un homme puissant et riche par la science ? Mais qui sait combien peuvent durer mes jours dans ces montagnes-ci ? Et puis disparaître, au milieu de ces peuplades, sans que la nouvelle n’en ressorte jamais. » Lettre d’A. Rimbaud

Quelle était donc la réelle quête de Rimbaud ?

Peut-être pouvons-nous mettre cela en parallèle avec son père, Frédéric Rimbaud, qu’il a très peu connu. Militaire capitaine d’infanterie, ce dernier quitte très vite le foyer familial. Il participera à la conquête de l’Algérie, à la guerre de Crimée et à la campagne d’Italie.

En parallèle de son travail en Algérie, Frédéric Rimbaud a écrit quelques livres, tels que « Correspondance militaire », « Éloquence militaire », comparant les orateurs anciens aux contemporains, ou « Livre de Guerre », évoquant ses campagnes; ainsi que des articles pour le journal « L’Echo d’Oran ».

Dans les années 1870-1875, alors qu’il est en retraite, Frédéric Rimbaud publie des articles patriotiques dans « Le Progrès de la Côte d’Or « et dans « La Côte-d’Or ».

Chose plus étonnante, il avait une bonne connaissance de l’arabe, et réalisa aussi une traduction du Coran, ainsi qu’une grammaire.

Est-ce le manque de ce père qui a créé, entre autre, ce besoin sûrement inconscient d’épouser le même métier, les mêmes contrées ? A Harar ou à Aden, Rimbaud n’est-il pas sur les traces de son père ?

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Rimbaud en Ethiopie

Abdallah Rimbaud

La ville sainte du Harar, Harar Jugol, Madinat al Awliya, est qualifiée de quatrième ville sainte de l’Islam, après La Mecque, Médine et Jérusalem. Elle compte 82 mosquées, dont trois datent du Xe siècle, et 102 sanctuaires de saints qui entourent la ville.

Rimbaud se faisait appelé « Ali Abdallah », et avait un sceau qui lui servait pour son commerce : Abdoh Rimbo, signifiant Abdallah Rimbaud, serviteur de Dieu. Il s’habillait en arabe afin de s’adapter à la population locale.

Mais plus que de se fondre dans le paysage, il possédait un Coran annoté par son père, et un Coran commandé chez hachette en 1883. Le Cheikh Si hamza Bordakeur, dans son ouvrage sur le Coran, déclare que Rimbaud s’était converti à l’islam.

« Croyez bien que ma conduite est irréprochable. (…) Personne à Aden ne peut dire du mal de moi. Bien au contraire, je suis connu en bien de tous depuis 10 années (…) Je fais un peu de bien, et c’est mon seul plaisir ». A. Rimbaud

Bardey décrivait Rimbaud comme ne buvant que de l’eau, ne fumant jamais, et ne dépensant pas d’argent. Il aurait un temps enseigné l’Islam mais ses interprétations du Coran lui valurent d’être battu à coup de bâtons. Il dit lui-même dans une lettre qu’il ne s’est pas converti à l’Islam, il en avait néanmoins épousé les coutumes, et nous pouvons imaginer qu’il n’a pas voulu l’extérioriser sa foi, préférant la garder intime. « Comme les musulmans, je sais que ce qui arrive arrive, et c’est tout » A. Rimbaud

Lors de son agonie à Marseille, il répétait sans cesse Allah Karim (Al-Karīm), qui fait partie des 99 noms de Allah, c’est le 43° et signifie « Le Généreux, c’est celui qui de sa générosité a inondé sa création. »

A sa mort, sa sœur Isabelle écrivit à sa mère:

« Dieu soit mille fois béni ! (…) Ce n’est plus un pauvre malheureux réprouvé qui va mourir près de moi : c’est un juste, un saint, un martyr, un élu ! »…

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Lettre de Rimbaud à Ménélik

Conclusion

Le mythe Rimbaud est une manne formidable pour glorifier la ville de Harar, il est une source de visite et de tourisme pour la région. Les Harari d’aujourd’hui se souviennent surtout du Rimbaud contrebandier qui a vendu des armes à Ménélik, roi du Choa, futur empereur d’Ethiopie, qui a pris la ville de Harar en janvier 1887. Rimbaud à malgré tout marqué la corne de l’Afrique, de nos jours, un institut Arthur Rimbaud existe à Djibouti.

Jacques Bienvenu, docteur de lettres et spécialiste de Rimbaud le confirme:

«Rimbaud était un inadapté social en Europe; et il était libre en Afrique. Là-bas, il ne cherchait pas du tout la présence des Européens: il préférait la présence des locaux. On a des témoignages de l’explorateur marseillais Jules Borély, qui l’a rencontré lorsque Rimbaud allait livrer des armes au roi Ménélik. Celui-ci notait que Rimbaud était un voyageur accompli, qu’il s’était beaucoup mieux adapté là où il n’y avait pas la civilisation. Ses affaires marchaient bien, d’ailleurs. »

Ces dires sont confirmés par Abdulnasir Abdulahi Garad, conservateur du centre culturel Arthur Rimbaud :

« Le Rimbaud de Harar était un autre homme, il était devenu un vrai Harari qui s’entendait très bien avec les habitants, parlait arabe, oromo, amharique et avait quelques notions de la langue locale harari. »

Ainsi que par des éléments de sa biographie :

« Les seuls Hararis qui savent de qui on parle n’en ont pas une très bonne image, déplore Abdulnasir Abdulahi Garad. Ils ne gardent en mémoire que la légende noire : le trafic d’armes, les rumeurs sur ses mœurs légères et les accusations d’espionnage. »

Tout ceci serait finalement une belle histoire si on souhaite participer à la légende mais les écrits d’Arthur Rimbaud à propos de son voyage nous laissent l’impression d’un homme tourmenté, à la recherche de quelque chose qu’il ne trouva pas. Une anecdote amusante rapporte que la plupart des habitants de Harar Jugol le confondent avec le « Rambo », personnage de Sylvester Stallone.

Le séjour de Rimbaud en Éthiopie est rempli de mystère, chacun se fera sa propre idée, même si nous pouvons dessiner les contours d’un commerçant pas vraiment en réussite, il donna forme à « l’homme aux semelles de vent » (surnom donné par Verlaine).

« Pays des origines, fécond et nourricier ; pays d’autrefois, sans ruines, d’où le temps s’est absenté », ainsi parlait Rimbaud de l’Ethiopie.

les_poetes_mauditsNous pouvons aussi nous poser des questions sur la volonté affichée des académiciens français d’en faire une légende. Pourquoi donc mettre à l’honneur ce concept de « poètes maudits » et pourquoi en a-t-on fait des références essentielles de la poésie française du 19° siècle ? Baudelaire et « Les fleurs du mal », Lautréamont et « les chants de Maldoror », Rimbaud et « Une saison en enfer ». Serait-ce un type de perdition souhaitée? Ou simplement la reconnaissance d’un génie qui fit un passage bref mais remarqué dans la poésie ? Une légende qui s’accentua sans faille après sa mort. Une habitude de glorifier ce qui n’est pas vivant est une constante remarquable dans l’histoire de l’art à partir du 19° siècle. Van Gogh en sera l’exemple le plus frappant. Lui qui n’avait vendu quasiment aucune toile de son vivant, s’est vu propulser au panthéon de la peinture. Artistes maudits, voici un concept sur lequel nous reviendrons ultérieurement.

Le fait que Rimbaud ait quitté ce milieu qu’il jugeait décadent de façon abrupte et définitive confirme en tout cas le côté nauséabond de l’intelligentsia de l’époque, et tout le mépris qu’il avait pour les affaires mondaines. Il n’a fait que remettre en question, provoquer, choquer ceux qui en feront une légende, lui qui annonçait : « J’ai résolu de vous donner une heure de littérature nouvelle. »

Arthur_Rimbaud_par_VerlaineIl est vrai qu’il était en substance un génie de la poésie, surclassant aisément les autres amateurs de vers et d’alexandrin, à la hauteur d’un Baudelaire qui avait aussi un immense talent, ce que « la lettre du voyant » de Rimbaud confirme de sa propre plume : « Baudelaire est le premier voyant, roi des poètes, un vrai Dieu. Encore a t-il vécu dans un milieu trop artiste ; et la forme si vantée en lui est mesquine. Les inventions d’inconnu réclament des formes nouvelles. »

Rimbaud était tourmenté, abusait d’absinthe à des degrés d’alcool très élevés et de haschisch (qui se rapprochait plus de l’huile). Cette dépendance l’a mené, Verlaine et lui, à la déchéance (cf « le bateau ivre »). Il finira ravagé, anéanti, par « Une saison en enfer », puis partira pour une quête pas vraiment aboutie, une recherche d’absolu non comblée. A l’opposé, il adoptera en Afrique, un train de vie d’ascète. Rimbaud ne voulait pas d’une vie factice, d’une œuvre pour l’œuvre, il emmena une poésie de voyant, « voleur de feu », témoin d’un processus alchimique, « alchimie du verbe », par lequel il chercher à créer « une langue nouvelle» qu’il termina avec la prose d’« Illumination ».

Rimbaud par Picasso

Rimbaud par Picasso

« Alchimie du verbe » issue d’une saison en enfer :

« Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

J’aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d’église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l’enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs.

Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n’a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de mœurs, déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements.

J’inventai la couleur des voyelles ! – A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. – Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d’inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l’autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.

Ce fut d’abord une étude. J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges. »

Arthur Rimbaud

Atelier d’écriture R&C2016, Benjamin J., Stéphanie B., T., Sam.

Source :

« En Ethiopie, Arthur Rimbaud, l’inconnu de Harar » Emeline Wuilbercq, Le monde

Biographie d’Arthur Rimbaud : http://abardel.free.fr/biographie/00_rimbaud_biographie.htm

Histoire générale de l’Afrique (Unesco/Editions Présence Africaine)

« Rimbaud d’Arabie, Supplément au voyage »Alain Borer

« Rimbaud en Abyssinie », Alain Borer

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