Caroline Castelli

Entretien avec Sista caro : la Première Dub Poète Française

sista caro le voyage de larche

R&C : Qu’est ce ça te fait d’être la première femme Dub poète en France ?

Caroline : « c’est vrai que je suis la première femme Dub poète en France ou en tout cas la première à revendiquer Dub poète comme qualificatif, et ça fait plaisir mais bon, n’oublions pas que j’ai été inspirée par un Dubpoet  Ashanti Natty Joe qui vit entre le Ghana et ici (la France) et bien sûr par LKJ puis par la suite Oku  Onuora et Mutabaruka et beaucoup d’autres.

 Il ne faut pas oublier d’où vient l’inspiration c’est ça qui permet aussi d’avancer, des fois je les réécoute, ça me redonne des idées et puis je repars dans la création de nouvelles dubpoetry.

Donc oui je suis contente d’être la première femme Dub Poète en France. »

R&C : Quand as tu commencé, spécialement le Dub Poetry ?

Caro : « J’ai commencé à me poser la question de savoir si c’était possible, dans les années 95 , c’était alors vraiment lointain et puis en 97 – 98 j’ai eu l’idée d’utiliser un Dub qui s’appelle « Dub Fire » d’Aswad :

 Je ne pensais pas à la Dub Poetry à la base, je voulais conter sur le dub, et j’ai  essayé de mettre un conte sur ce Dub. La première fois, c’était chez moi, toute seule sur ma petite sono et je me suis dis : tiens ça me plait !

Puis j’ai continué de travailler dans cette idée là, avec un musicien sur scène. Quand je racontais mes histoires il faisait du reggae ou du dub sur lequel je racontais, ensuite , j’ai eu envie d’aller plus loin dans la relation conte,  reggae, et Rastafari dans le contenu, donc je suis arrivée à vouloir raconter le « Kebra Negast le livre à la gloire des rois Éthiopiens« ,  et j’ai compris que je ne pouvais pas raconter le Kebra Negast sans expliquer comment j’étais venu à le découvrir.

 Là j’ai commencé à raconter comment un Rasta est venu me parler du Kebra Negast. Ensuite j’ai rencontré Selecta President d’ « Easy style sound system » , le premier Selecta à avoir été intéressé par mon projet un peu novateur : raconter des histoires sur des riddims joués par un Sélecta.

Nous avons beaucoup travaillé ensemble pour que le texte qui était un texte libre et contée, puisse être dit avec cohérence sur des riddims (avec une obligation de temps, un musique à laquelle il fallait s’adapter et non pas le contraire comme avec mon musicien en live qui suivait l’histoire avec sa guitare et s’adaptait à mes mots libres).

 Nous avons appelé ce spectacle « Le Voyage de l’Arche » :  contes et sound system ou contes reggae .

Dub Poetry Sista Caro le voyage de l'arche

Là, j’ai retrouvé un Rasta que je connaissais avant, Ras Job, qui m’a dit « Mais ce que tu fais c’est de la Dub Poetry ! » (rire)

 Pour moi, la dub poetry c’était LKJ, Oku  Onuora, c’était des monuments, je ne me voyais pas dire que j’étais dub poète.

Il m’a dit : « mais non, tu raconte une histoire sur du dub t’es un dub poète point. »

 Et c’est là que j’ai compris que j’appartenais a cet art, le dub poetry,  ainsi que peuvent être dans les anciens temps les bardes, les troubadours ici (en France), les griots (en Afrique), les aèdes (Grèce), avec une parole orale qui est un peu chantée,  psalmodiée, ainsi elle rentre bien dans l’esprit, et on peut du coup apprendre beaucoup de choses aux gens sans avoir besoin de l’écriture. L’histoire était apprise ainsi depuis la nuit des temps, avec des phrases répétitives qui restent dans l’esprit. C’est vrai qu’après avoir entendu ça, j’ai écouté LKJ d’une autre oreille, de l’oreille d’une conteuse, je me suis dis : « mais oui, il raconte des histoires… Mais oui… !!! » (Rire)  

 sista caro

R&C : Es ce que tu fais une différence entre le slam, le dub poetry et les contes ?

Caro : «  Oui, il y a une différence. A la fois c’est semblable dans la façon  dont c’est scandé, psalmodié, dit, chanté. Disons que pour moi, la différence c’est que le slam au départ est sans musique, alors que la dubpoetry est avec musique. Mais dans la façon de scander, psalmodier, ou de parler, de crier pour certain, c’est pareil. Parfois dans le dub poetry ou dans le slam, certains vraiment sortent toute leur énergie pour faire vraiment passer un message. Ca peut aller jusqu’au cri,  même si c’est momentané. Tout cela pour moi est semblable au niveau de la narration, c’est à dire qu’à chaque fois, ça raconte quelque chose au peuple, ça dit quelque chose au peuple. C’est de l’oralité.

 Il y a une nuance dans la façon dont l’oralité est partagée, mais ça reste de l’oralité avec ou sans musique. C’est quelqu’un qui parle aux gens avec ce qu’il a à l’intérieur, ce n’est pas comme un interprète. En général les Dub poètes, les Slameurs,  font leur propre texte parce que ça doit partir de nos tripes, ce n’est pas comme les interprètes. Je ne pourrais pas dire le texte de quelqu’un d’autre, je serais obligé de l’adapter à ce que je suis,  pour pouvoir le dire correctement. »

« R&C : Est ce que tu peux nous parler du Kebra Negast, tu as souvent travaillé dessus ?

Caro : « Oui, le Kebra Negast est très important. C’est encore à ce jour un nouveau texte,  sacré,  fondateur, à découvrir. C’est toujours intéressant d’avoir plusieurs versions des histoires.

Le Kebra Negast permet aussi de comprendre pourquoi les Rasta sont allé jusqu’à Shashamane en Éthiopie… en effet dans ce livre est écrite l’histoire d’amour entre Salomon et Makeda qui amène à la filiation de l’empereur Hailé Sélassié avec Salomon dont il est le descendant. cet empereur d’Éthiopie vu comme le nouveau messie par les jamaïcains, le roi des rois annoncé par Marcus Garvey dans sa prophétie. C’est d’ailleurs par les rastas que j’ai découvert le Kebra Negast. Ils m’ont aussi parlé de Salomon et Makeda.

 Quand j’ai cherché cette histoire,  je ne l’ai trouvée qu’en anglais, je la cherchais en français, j’ai cherché partout et ne le trouvais pas. Un beau jour, Jah a fait que c’est tombé sur mon écran d’ordinateur grâce à Samuel Malher  qui  a traduit le Kebra Negast en français. C’était intéressant car, du coup, j’avais plusieurs versions a travailler avec celle en anglais.

Et là, voilà que je suis tombée sur une histoire qui m’a fascinée : l’histoire d’amour entre Salomon et Makeda, cette histoire qui a à peine été abordée dans la Bible,  qui, dans le Coran, est abordée un petit peu plus, mais pas dans les détails.

Dans le Kebra Negast, tout d’un coup on a là une espèce de roman. Il y a toute l’histoire, donc c’est très, très intéressant. Ce livre m’a beaucoup plu. J’ai cherché d’autres versions de cette histoire de Salomon et Makeda . Au départ je me suis concentrée sur ça dans « Le Voyage de l’Arche », plutôt, pardon dans le  Kebra Negast, je me suis concentrée sur Salomon et Makeda, et j’ai découvert plein de version, des versions musulmanes,  para-musulmanes aussi c’est à dire orale, dans l’oralité du moyen orient. J’ai trouvé cela dans des vieux livres et c’est toujours la version du Kebra Negast qui me plaisait le plus.

J’aimais bien ce qu’elle disait, comment c’était raconté. J’aimais bien ce côté de Adam qui n’avait pas de femme en fin de compte, qui est arrivé sur terre, et qui a eut Abel et Caïn qui sont née avec des sœurs jumelles. La jalousie de Caïn qui est représenté comme progressive, or,  dans tout les autres livres que j’avais lu, c’était quand même assez soudain que Caïn devienne mauvais. Alors que là, dans le Kebra Negast, c’est progressif, il y a plusieurs chose qui lui font mal, il est jaloux, ça monte… Ensuite, l’histoire de Salomon et Makeda et le voyage de l’arche d’Alliance, qui aurait été ramené par Ménélik en Éthiopie à la chapelle Sainte Marie de Sion.

Voilà donc l’Arche d’alliance… Quand même, Indiana Jones !!! (sourire

Les dix commandements sont dedans : le bol et le bâton (un sceptre), normalement y sont encore, ce n’est quand même pas rien.

Il paraît que c’est dans une église là-bas, surveillée par des patriarches. C’était très intéressant, de tout d’un coup pouvoir donner une autre version de l’histoire… »

Sista Caro

R&C : Est-ce que tu as trouvé des difficultés à le réciter ?

Caro  : « Disons qu’après, il y a un principe à appliquer, quand on veut s’attaquer a un texte fondateur, un texte sacré, ou un texte littéraire : c’est de le résumer, et de tirer tout ce qui est essentiel dans l’histoire et qui ne peut pas être retiré de l’histoire, car si on enlevait cet élément, l’histoire deviendrais incohérente ou incompréhensible.

 Donc, il faut extraire le squelette de cette histoire, les éléments essentiels de l’histoire dans ce cas-là, en gardant les personnages précis : Salomon, Makeda, Ménélik, Sadoc le grand prêtre. C’est en rapport avec le Kebra Negast. Après, quand on a fait ce travail, il faut se renseigner sur l‘Éthiopie, comment a été représenté Makeda, comment on pouvais vivre à l’époque, comment vivait Salomon dans son temple, chercher le plan du temple de Jérusalem,  essayer de comprendre quand ils sont partis chercher l’Arche d’Alliance, par où ils sont passés, et donc se donner des images. Une fois que l’on a ces images avec le squelette de l’histoire,  on peut raconter l’histoire comme si on avait été là et qu’on avait vu.  Il ne faut pas oublier l’inspiration essentielle qui est donnée par Jah, qui nous permet même par moment de ne plus contrôler ce que l’on dit mais de juste laisser la parole ancestrale passer. On n’est qu’un véhicule. Voilà comment on peut prendre le Kebra Negast et le raconter comme si c’était  une histoire vécue. »


sista caro 2

  R&C : Peux tu nous parler du « Voyage de l’Arche » comment as tu commencé ce projet ?

Caro : «« Pour être honnête ça c’est passé à un concert de Ras Michael.  Une jeune femme était là depuis le début, je la voyais, elle avait l’air d’apprécier la musique. Elle vient me voir et puis me demande : « Mais qu’est-ce qu’il dit ? ». Tout d’un coup, j’ai réalisé  qu’elle n’avait rien compris de ce que disait le chanteur depuis le début. Et puis, en discutant avec différent Ras francophones,  je me suis aperçue qu’il y avait beaucoup de choses, de textes, de mots anglais, de l’histoire anglaise, qui n’avaient pas fait un chemin autre que par l’écrit en fin de compte, et par quelques chansons. Mais vu que bon, à cette époque-là, il y a quand même a peu prés 20 ans, on ne passait pas beaucoup de reggae à la télé, (il n’y avait pas tout ce qu’il y a maintenant grâce à Internet). C’est vrai que tout les frères créoles qui était les connaisseurs du sujet, qui parlait de la culture Ras, ils ne passaient pas, on ne les entendait pas. Pour les entendre et savoir il fallait être avec eux un jour où ils faisaient un concert, et c’était très underground.

J’ai eu envie de partager cette histoire.

Donc tout d’un coup j’ai réalisé cela. Je me suis dit : « tiens, moi je raconte des histoires… pourquoi je ne raconterais pas cette histoire-là aussi. » Mais alors, là, du coup ça devenait sérieux. Parce que quand on parle de la culture de quelqu’un d’autre (même si nous savons que nous avons tous la même racine, Aethiop) on se doit de la respecter, de ne pas raconter n’importe quoi et surtout de faire superviser ce que l’on raconte par des personnes de la culture même, pour être sur d’être juste, de ne pas raconter de bêtise. Pour moi c’est très, très, important.

Donc j’ai commencé le travail de collectage d’histoires : parler avec les anciens des Caraïbes, parler avec les anciens ici, et puis parler avec des français qui n’était pas spécialement Ras, mais qui avaient été là dans les années pendant lesquelles il y avait eut tout un phénomène,  discuter avec eux tous, se renseigner, rencontrer les anciens Rasta qui ont écrit les premiers livres et faire un texte qui soit cohérent.

Là j’ai beaucoup été aidée par Sélecta Président de Easy Style Sound System ! On a fait beaucoup de répétitions, sans même savoir si on allait avoir un concert. Big up, le frère ! C’est comme cela aussi que le texte s’est construit aussi, tout doucement, à force de tester sur les riddims, qu’il avait en vinyls. Et puis, on a joué à La Rochelle. Ca s’est passé comme ça, Le Voyage de l’Arche. »

 R&C : Il y a le spectacle «  Le voyage de l’Arche » et également le cd dont les bénéfices du CD sont reversés aux anciens Rasta ?

Caro : « Le Voyage de l’Arche » c’est un spectacle, et aussi un cd. C’est une autre histoire !

Je me suis servie d’un travail déjà effectué … En résumé j’ai rencontré Sista Askalé de l’Empress Menen Foundation, et Sista Askalé m’a sensibilisée au soucis des anciens qu’il y avait en Jamaïque et en Éthiopie : pour certains ils sont maintenant assez malades et ils n’ont pas les moyens de se payer les médicaments et les soins. Et surtout Ils ont la connaissance des premiers temps du mouvement Ras en Jamaique.

Ils sont les témoins de la naissance de Rastafari, elle a partagé avec moi ce que les anciens ont partagé avec elle pour m’aider à être juste dans mon travail.

Sista Caro « Esclavage et Rédemption » extrait du « Voyage de l’Arche » (Avec une dédicace pour R&C) :

J’ai cherché le meilleur moyen de rendre hommage a ces anciens et  essayer de gagner de l’argent pour eux en faisant un CD  de tout ce qui m’a été transmis depuis que je suis en quête de savoir ce qu’est Rastafari.

Alors j’ai lancé l’info sur myspace,  j’ai demandé a des musiciens s’ils étaient d’accord pour donner leur musique pour faire le CD et si ils étaient d’accord pour que tout les bénéfices soit reversés à L’Empress Menen Foundation et aux Elders en direct aussi.

 Les musiciens on répondus présent, il faudra les citer, ils sont sur la pochette du CD : Whada Roots, Patawrouks, Burning91, Nayabingi Couronnement, Asher Zion I, Herban Music, Obadia, Colosimo qui a posé sa voix spontanément. Tu vois, ça s’est fait comme ça, dans l’instinct et l’instant, et franchement c’était super, et on a fait le cd que j’ai fait presser.

Puis j’ai essayé de trouver des points de vente, comme tout le monde, et puis des radios ont bien voulu passer des morceaux : Ras Seni de Reggae Remedy sur FPP, Dari de Dari reggae programme, Résonance Africaine de Laure Malécot et Aligre fm, L’album découverte de Isa et Seb, Listen my soul de Momo et Jordan, Zion station de Djeko, « Voix contre oreille » sur Radio Aligre, Iswadprogram sur FPP, RFO martinique, la grosse radio, soudn system fm Barcelone, radio nationale de Grèce,  en site internet qui ont relayé l’info il y a jahnhoy,  Roots and Culture,  tu as fais un super dossier dessus, et il y a Militant Vibes, rootsblogreggae, happy roots, equal-distribution . Il y a eut du répondant. Pardonnez moi si j’en oublie…

C’est sûr que je ne suis pas super médiatisée, mais c’est pas grave, le cd va faire son chemin tout doucement. J’ai pu envoyer l’équivalent de 400€  en Jamaïque et en Éthiopie, donc je suis déjà très contente du premier résultat, en espérant que d’autres achèteront. Comme ça au moins, je me dis qu’ils ne donnent pas leur argent sans avoir un support, ce support c’est un cadeau parce que c’est toutes les paroles qui m’ont été transmises depuis vraiment le début de ma longue quête. Depuis 20 ans, j’ai commencé a me poser des questions,  mais il y a 17 ans que j’ai commencé à chercher précisément.

Sur le CD je récupère 1 €, le prix du pressage. 11 € vont dans la poche d’un Elder. Il y en a certains a qui j’envoie directement l’argent. Du coup ça passe même pas par quelqu’un, ça va directement aux Elders, pour ceux qui ont leurs papiers pour que je puisse leur envoyer un Western Union direct. C’est beaucoup plus sympathique et c’est ce que je dis d’ailleurs aux gens : si vous voulez, il y a tous les numéros de téléphone sur le myspace de l’Empress Mennen Foundation, vous pouvez appeler les Elders, leur écrire , leur envoyer des paquets ! J’ai aussi donné des cds autour de moi dans mes différentes tournées pour sensibiliser les gens aux anciens que nous nous devons d’aider car ils nous aident par leur partage de sagesse.

 Il faut les appeler, parler avec eux. Ils sont puissants rien qu’au téléphone. Bon, des fois c’est dur de parler avec eux parce que, bon,  ils parlent le jamaïcain… Moi, je ne maîtrise pas du tout le patois jamaïcain, donc des fois c’est drôle !!!  Des fois les conversations ça ce termine par «  Love Rastafari, Yes,  Hailé I , Love ! puis I&I répète les même mots en riant, I&I sait qu’I&I se comprend pas bien mais I&I s’aime » et on se répond comme ça !  C’est puissant. Quand je raccroche après, j’ai la patate, le sourire aux lèvres…. C’est pas une question d’argent, c’est une question d’échange spirituel et ils savent en plus que comme ça on ne les laisse pas tomber.

Il faut pas oublier que ce sont eux qui se sont battus à l’époque pendant laquelle une loi, disait quand même ( !): « celui qui a des dreads, on a le droit de lui tirer dessus a bout portant. »

Moi, c’est ce que je dis : ici, dans toute la France, qui va garder ses dreads sur la tête s’il risque la peine de mort directe sans sommation !

Il  n’y en a pas beaucoup… Même moi, je le dis franchement, je protégerais ma famille. J’ai trois enfants. Je couperais mes dreads pour survivre.

C’est pour ça que je respect ces personnes-là, les Elders, parce qu’ils ont gardé leurs dreads et grâce a eux, du coup, on a pu quand même s’éveiller et Bob Marley a répandu le message.

C’est ça le CD.  Tout ce respect que j’ai pour toute ces personnes qui ont participé  par leur esprit, Askalé qui m’a beaucoup parlé de Carl Gayle, qui a fait les Jahug, Ashanti Naty Joe. Tous les anciens que j’ai rencontré m’ont dit « Stand firm ». Toujours des bonnes paroles. 

«  If you do right there will be a fight ». Ils ne te donnent que des bonnes paroles. C’est pour cela que je me suis dis, le Cd c’est une bonne idée, comme cela en plus tout le monde peut en avoir un. Je peux en envoyer aux Elders ! On continue, on continue, on cherche à le vendre, achetez le !!! (rires).

Caroline Castelli

R&C : Peux tu nous parler des dj sélecta avec les quel tu as travaillé pour faire les Dub poetry ?

Caro : « Le premier sélecta à Paris qui a accepté de faire tourner les disques pour moi en Sound system, Sélecta Nah Fall du Sénégal, qui était à l’époque Africa Sound System. C’est le premier qui a accepté que je fasse du dub poetry. Ca ressemblait à des prières, des chansons, des paroles, c’était une ébauche, un début.

 Après c’est Sélecta Président avec qui j’ai vraiment eut un travail de recherches incroyables. Le frère a été patient, parce qu’on en a passé des après-midi à réfléchir sur ce que je devais dire ou pas ! C’était encore assez libre avec le sélecta parce qu’il pouvait remettre plusieurs fois le même riddim.

Pour le Cd, il a fallu rester dans un format normal radio. Donc on a cherché les riddims qui convenait le mieux, il a fallut que j’adapte le texte. Et Sélecta Président, vraiment s’il n’avait pas été là, je ne sais pas si j’aurais eu le courage de  faire toute seule ce travail. J’avais besoin d’un Sélecta pour ça.

Ce n’était pas pareil avec mon musicien acoustique. Je voulais que ce soit possible en Sound system, parce que c’est dans les Sound que j’avais entendu beaucoup de gens qui me paraissaient ne pas suivre les paroles que j’avais pu entendre en anglais. Donc je me disais, c’est dans les Sound system, qu’il faut que je transmette ça, au départ.

Et puis, en fin de compte, ça fait comme ça.

Après Sélecta Président, il  a eut beaucoup de travail avec Easy Style Sound System. Il est toujours partant, dés que l’on peut on fait un Voyage de l’Arche ensemble, mais ce n’est pas facile parce qu’il a beaucoup de contrat maintenant, il voyage beaucoup.

Quand je suis revenue avec mon spectacle pour le présenter au public, Président et moi nous voyions surtout en répétition et création, et nous avons joué sur des scènes de spectacle de conte où j’avais réussi à faire passer l’idée du contes et sound system, imagine nous en train de jouer du reggae sur vinyl dans la cour de l’abbaye de Vendôme !!! à l’occasion du festival Epos du CLIO (Centre de littérature orale) sur les épopées, Big Up à Bruno De La Salle, très grand conteur et directeur du CLIO, qui étant lui même un novateur n’a pas eu peur de l’aspect nouveau du spectacle. Et aussi le festival des Amuses gueules,  conteuses de La Rochelle, qui m’ont permis de le jouer, seule avec mon djembé pui avec President aussi les premières fois !

Après j’ai eu Sista Kty, qui s’était mise à faire un Sound system au moment ou moi je venais d’avoir mes enfants, donc je n’étais plus trop sur la scène parisienne,  dans les années 99-2000. Du coup Je suis revenue sur la scène parisienne, dans le «  I Love Sound System », un Sound system où il y a beaucoup de Sista, créé par KTY.

J’ai commencé à travailler avec elles toujours le côté Sound system.

 Avec Sélecta Président, c’était le côté spectacle, une heure et demie sur scène.

 Avec Kty j’ai travaillé le côté Sound system. Ca c’était puissant parce que c’est vrai que chanté en Sound system ou dire un dub poetry en Sound system n’a rien à voir avec le faire chez soit ou dans une salle de spectacle où les gens sont venus pour vous écouter.

 En Sound system, les gens ne viennent pas spécialement pour m’écouter, ils viennent pour écouter du reggae, pour écouter des gens qui vont passer, qui vont chanter, et là du coup ça me permettait de me retrouver comme à zéro  et de devoir retravailler mes textes pour que ça rentre dans cet optique : court et percutant.

Et ça a été le pied ! C’est le pied quand on découvre une nouvelle façon de  s’exprimer et qu’on cherche à comprendre.

 Actuellement, Je travaille surtout avec Sélecta Président et Sélecta Blunty et avec les sélectas qui sont dans les villes où je vais chanter et dub poétiser (Sélecta Naya à Orbey, Sélecta Gad Ambessa à Bordeaux,…).

 En Grèce c’est Sista Agapi qui m’a accompagnée. Agapi ça veut dire amour…… »

 Jahug

R&C : Est-ce que tu peux nous parler de Carl  Gayle ?

Caro : « Carl  Gayle a oui alors  Carl  Gayle, Sista Askalé vient chez moi, elle me montre les Jahug, elle me dit tu vois ça c’est les Jahug, « tu les connais ? », évidemment je les connais les Jahug.

Les Jahug ça a bercé toute mon adolescence Ras, c’est par cela que j’ai commencé a apprendre Rastafari. C’est très difficile d’en avoir. En général t’avais des photocopies, c’était vraiment une galère, t’avais un pote qui en avais, « fais-moi une photocopie »,  c’était ça parce que tu ne savais pas où te les procurer; Sista Askalé arrive donc quinze ans après que j’aie commencé à les lire.  Il y en a certains que je n’ai jamais lu. Il y a sept  Jahug en tout.

Elle me montre un Jahug, elle me montre une photo. Cette photo, je l’avais déjà vu dans un des Jahhug, avec une femme qui souriait, mais avec un sourire magnifique. Elle me dit : « tu vois, c’est moi-là! ». Je suis tombée des nues.

 Ce Jahug que j’avais feuilleté je ne sais combien de fois, dans lequel j’avais puisé une connaissance, la femme qui est là, devant moi, elle me dit que c’est elle sur la photo….

Elle me dit c’est son mari Carl Gayle qui a édité les  Jahug et là j’ai su qu’en fin de compte ça été les premiers livrets qui ont été écrits sur Rastafari, par des Jamaïcains anglais, et tu pourras remarquer que c’est un anglais plutôt populaire, ce n’est pas un anglais littéraire. C’était un choix de Carl Gayle, qui voulait que ses livres soient accessibles à tous. Il a fait les premières interview des Elders de l’époque, dans les années 90, je crois, ça fait quand même vingt ans. Je sais qu’il en a sorti dans ces années là.

Donc il en a fait sept en tout. Il a trouvé que c’était suffisant et le 7 est un chiffre symbolique, donc c’est vraiment du collectage : ils sont allés interviewer les anciens.

Moi, qui était en train de faire tout ce travail-là, je rencontre une femme qui me dit « je peux te le présenter ». Et elle m’emmène  à Londres.

Je vais chez elle et là je découvre encore un autre univers sur Rastafari. Elle m’a emmenée chez Carl Gayle, pour moi c’était vraiment un aboutissement, Merci Jah.

Quinze ans à chercher et là c’est super parce que j’ai eu des reasoning avec lui, avec elle et lui,  avec elle, beaucoup de reasoning avec des anciens aussi que j’ai pu rencontrer en réel ou au téléphone grâce a elle.

 C’était le bonheur total parce que, là, je rencontrais des personnes simple, humble, le cœur sur la main, d’une générosité….il y a pas de mot ! D’une joie de vivre, d’un amour pour les autres !!!  Je rencontrais Rastafari

Ashanti Natty Joe, c’est lui qui m’a fait lire les Jahug. Quand même il faut le dire, je reviens au début, mais Ashanti Natty Joe heureusement que je l’ai rencontré ! Il m’a fait des photocopies des Jahug à l’époque.  Donc, heureusement que j’ai rencontré Rastafari par Natty Joe, ce qui fait qu’après, si tu veux, le chemin s’est fait dans un sens positif, car le frère est positif. »

R&C : C’est quoi tes projets pour le futur ?

Caro : 

« Alors pour l’avenir, c’est de faire un cd de duo Dub Poetry,  mélange de chants avec des gens de tout les pays et puis sortir un autre cd de Dub Poetry que j’ai enregistré  en anglais, parce que j’ai eu envie d’aller plus loin dans la Dub Poetry et de me lancer, parce que l’anglais est compris dans beaucoup plus d’endroit, je trouve ça donc intéressant d’aller vers l’anglais.

 Donc mes projets c’est de continuer à raconter des histoires en anglais, me sentir plus à l’aise dans cette langue de manière à élargir un peu.

 Et puis continuer à faire mon petit bonhomme de chemin, en tout cas me faire plaisir en chantant, en dub poétisant et « en contant ». 

Caroline Castelli « Sistacaro ».

Interview de Caroline Castelli, Sista Caro par yogi/rootsandculture.net réalisé en juin 2010, retranscris par Max.

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