Tiken Jah Fakoly Dernier Appel

Tiken Jah Fakoly « Dernier appel »

Tiken Jah Fakoly Dernier Appel

Si l’homme est conditionné par son milieu, alors Tiken Jah Fakoly est bien l’enfant du Denguélé, cette région située au nord de la Côte d’Ivoire dont Odienné est le chef-lieu. C’est là qu’est né le 23 Juin 1968 celui qui fut baptisé Moussa Doumbia. C’est dans cette contrée richement boisée qu’il a grandi, été scolarisé, là où il a donné ses premiers concerts, vécu son premier amour. A quelques kilomètres à l’ouest d’Odienné se trouve la frontière avec la Guinée Conakry. Un peu plus au nord, c’est le Mali. Et si l’on prend la direction de l’est, on entre vite au Burkina Faso et au Ghana. En somme,Tikenest le fruit d’un carrefour culturel dont il est aujourd’hui le centre. En témoigne « Dernier Appel« , le plus panafricain de ses albums. Et le plus universel tant les préoccupations qui le nourrissent débouchent sur une réflexion qui nous concerne tous ; tant la musique dont il est aujourd’hui le patron incontesté, le reggae, procède d’un savant métissage, jouit d’un pouvoir unificateur sans équivalent, invite à danser tout en éclairant les consciences.

Liste des titres :

01 – Dernier Appel

02 – Human Thing Feat. Nneka

03 – Le Prix du Paradis

04 – Diaspora Feat Alpha Blondy

05 – Tata

06 – Dakoro

07 – War Ina Babylon Feat Nneka & Patrice

08 – Too Much Confusion Feat Patrice

09 – L’Afrique

10 – Saya

Pourtant dans ce « Dernier Appel« , on perçoit d’abord l’urgence. C’est que cette Afrique dont il est le fils messianique vit encore au rythme des guerres et des coups d’état comme en témoignent les récents conflits au Mali, au sud Soudan, en Centrafrique. En prenant dans la chanson titre, et premier single, l’avion pour métaphore,Tiken met en lumière une situation qui tarde à s’améliorer et place chacun devant ses responsabilités.

Tiken Jah Fakoly « Dernier appel » :

En clair, il n’y a plus de temps à perdre. C’est maintenant ou jamais. Maintenant que ce continent, qui a toutes les cartes en main pour réussir, démographie et richesses naturelles, doit décoller. Ou alors il lui faudra endurer longtemps encore misère et chaos. Telle est la thématique traversant cet album. Tel est le message profond décliné dans « L’Afrique, « Le Prix du Paradis« , « Too Much » « Confusion » et « Diaspora« , ces deux dernières marquées par les contributions de Patrice et d’Alpha Blondy. Comme si Tiken tenait à souligner que face à ce défi, la mobilisation de toutes les forces et de tous les talents était indispensable. Assez des divisions. Et assez des préjugés qui partout nourrissent les haines, comme le suggère « Human Thing » où se distingue la voix d’une autre visiteuse de prestige et d’aura, Nneka.

Mais que vaudrait au juste la parole d’unTiken Jah Fakoly chanteur engagé si celui-ci oubliait en chemin sa part d’humanité. Celle qu’une chanson comme Tata, en souvenir de ce premier amour disparu, montre avec pudeur. Celle qu’il révèle de façon toute aussi bouleversante dans Saya en évoquant la mort comme seul un Africain est en mesure de le faire, car plus souvent confronté à elle qu’ailleurs : sans dramaturgie mais avec cette humilité de l’enfant nu face à l’inéluctable. De ces deux splendides complaintes, on retient la texture acoustique dominée par les instruments traditionnels mandingues respectueuse de l’intimité épanchée.

Ailleurs, notamment dans « Too Much Confusion« , c’est un nouveau Tiken, en mode soul orchestrale façon Curtis Mayfield, qui vient s’adosser à celui que l’on connaît, aussi solidement enraciné dans le reggae à la roots qu’un baobab centenaire l’est au cœur de la brousse. Enregistré entre Bamako et Paris, avec une production et des arrangements dus à Jonathan Quarmby, déjà à l’œuvre sur « L’Africain » et « African Revolution », « Dernier Appel » passe ainsi par toutes les tonalités et les humeurs, épouse les couleurs de l’arc-en-ciel comme pour mieux révéler la flamboyante clameur d’un continent et d’un peuple en mal d’existence. Avec en point d’orgue joyeux et dansant, entonné avec Nneka et Patrice, ce medley * où « War Ina Babylon« , classique du jamaïcain Max Romeo, fusionne avec « Give Peace A Chance« , célèbre mantra pacifiste de John Lennon. Comme un ultime symbole, comme le sceau royal qu’appose cet artiste, géant d’Afrique, qui n’ignore rien de la violence d’un monde perpétuellement à feu et à sang pour l’avoir subit dans sa chaire et qui pourtant persiste, encore et toujours, à choisir l’amitié à la guerre.

Francis Dordor (Les Inrockuptibles)

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